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  Revue de presse du 9 mars 2009

Crise de croissance

 

Son président fondateur est défait de son mandant alors que le paysage politique du transport se redessine avec discrétion et que la reconnaissance promise pour le début d’année avance sans se presser : l’OTRE traverse une période tourmentée. Bernard Lataste, appelé à être reconduit à sa tête le 23 mars, est l’homme d’un consensus, voire d’une nouvelle manière de concevoir les rapports avec les autres fédérations patronales.

La nouvelle du départ de Jean Pierre Morlin en aura surpris plus d’un. L’intéressé, quelques semaines avant expliquait qu’il ne quitterait le navire qu’il avait contribué à mettre à flots qu’un fois la reconnaissance administrative acquise. Or, le 19 février, quand un communiqué des plus sobres a annoncé qu’il était remplacé par le basque Bernard Lataste, le dossier déposé au ministère des Affaires sociales était loin d’être bouclé. Pour autant, le président Morlin ne jette pas l’éponge ; il fait tout simplement les frais d’une crise de croissance de sa fédération. L’OTRE a longtemps été perçue, par l’administration comme par les politiques qui s’intéressent au transport routier, comme le trublion provincial d’un secteur où les interlocuteurs « sérieux » ont été identifiés depuis longtemps : TLF d’un côté, la FNTR de l’autre. Pour autant, à force de ténacité, la dernière née des OP a gagné quelques galons au champ d’honneur de la défense du transporteur de base. Certes, elle ne fait toujours pas partie des « officielles », et ne siège donc dans aucune des structures qui font vivre la profession (l’OPCA, le groupe DO et autre CNR) mais elle n’est plus infréquentable. D’ailleurs Dominique Bussereau reçoit régulièrement ses représentants. La phase suprême serait la reconnaissance.

 

À moyen terme

Le dossier a été remis en décembre à la sous direction « Relations individuelles et collectives du travail », qui dépend du ministère du même nom. Son examen du dossier prend entre 75 et 90 jours, 6 mois au maximum selon le Code du travail. Un premier traitement a été réalisé fin janvier, le dossier subissant actuellement un nouvel examen. Il a fallu, à ce stade, fournir la liste des adhérent : l’OTRE l’a fait, mais en partie seulement, certains de ses membres ayant refusé de voir leurs noms figurer sur un document transmis à l’administration, au prétexte de l’appartenance syndicale.

Est-ce la lenteur dans le traitement de ce dossier, est-ce l’hypothèse d’un possible refus du ministère du travail malgré les promesses politiques venues multiples horizons ? Jean Pierre Morlin, qui avait annoncé la reconnaissance pour le début de cette année, a-t-il péché par optimisme et a-t-il payé pour ça ? AU siège de l’OTRE, on refuse de d’accréditer la thèse selon laquelle l’« ex » aurait été sacrifié sur l’autel de la reconnaissance administrative, dont on espère de bonnes nouvelles pour le congrès du 4 avril. D’ailleurs des sources internes font état, au cours des derniers mois, de désaccords entre certains membres du conseil d’administration. La tactique suivie par Jean Pierre Morlin aurait déplu à d’aucuns, les dépôts de bilan de deux de ses entreprises n’auraient rien arrangés, car ils permettaient de mieux jeter le doute : quand un président n’est plus professionnel et qu’il sort par la petite porte, peut-il se targuer de représenter des chefs d’entreprises.

 

Recomposition syndicale

Que Jean Pierre Morlin ait été écarté car il pouvait gêner l’obtention d’une reconnaissance ou pas, peu importe : son évincement prouve que, comme ailleurs, quand pouvoir, calcul politique et argent des cotisations se mêlent, les coups bas peuvent pleuvoir.

L’OTRE n’échappe pas à la règle, alors qu’elle n’a jamais été aussi près de rejoindre le peloton des officielles. Son nouveau président est fort d’un nouvel équilibre interne à préserver. À ses côtés, trois vice-présidents : l’inévitable et influent Jean Pierre Ducournau, autre représentant de l’OTRE « canal historique » car, pareillement à Jean Pierre Morlin, ancien président FNTR de sa région avant la création de l’organisation. La béarnaise Aline Mesplés et le nordiste Pascal Debruyne, récent transfuge de l’UNOSTRA Nord, complètent le bureau. Nul doute que Bernard Latastte, homme des compromis, sera reconduit à la tête de l’OTRE le 23 mars puisqu’il n’est jusqu’à cette date nommé qu’ad intérim.

 

Crise de croissance, certes, mais à placer dans un contexte général qui a subi des modifications d’importance au cours des derniers mois : pendant que l’UNOSTRA tente de sauver sa peau devant le TGI de Paris, la FNTR et TLF vivent une entente cordiale qui, aux yeux de certains, augure d’une lune de miel. L’union pour la route (UPR), qui rassemblait encore l’AFTRI, TLF et l’OTRE, n’existe plus que sur le papier pendant que des liens de travail se tissent entre les ennemis d’hier. Pour achever le tableau, il se trouve que Bernard Lataste et Patrick Vermot-Desroches, président de la FNTR, sont tous les deux dans le réseau Évolutrans. La proximité « business » crée des liens que la rivalité syndicale ne peut détruire.

 

Nathalie Grange

 

BULLETIN des TRANSPORTS de la LOGISTIQUE

Numéro 3262, du 9 mars 2009, p.156

OP : Crise de croissance