L’EUROVIGNETTE ? PAS AVANT 2014
Lu dans Flash Transport du 18/07/2008
L’Europe des transports a beaucoup d’idées, mais peu de financement. Du coup, certains projets vont prendre leur temps. Ainsi, l’Eurovignette ne sera applicable que dans 6 ans. « Les grands projets du réseau transeuropéen ont du plomb dans l’aile, tout comme les autoroutes de la mer », assène Gilles Savary, vice-président de la commission des Transports.
Parfois, il est bon de secouer, un peu, le cocotier. Le 10 juillet dernier, les parlementaires européens, en charge des questions transport, étaient conviés à l’Assemblée nationale pour traiter des thèmes du transport et du développement durable. Ils étaient venus de Belgique, Malte, Lituanie ou encore Pologne, comme un vibrant hommage à la présidence européenne française. Une petite part des parlementaires semblait très absorbée dans la lecture de guides pratiques pour visiter la capitale. Il eut été difficile de les en blâmer, face aux discours relativement ronronnants de Dominique Bussereau sur les modes alternatifs (à renforcer de 25 %), les autoroutes de la mer (à mettre en service) ou autres autoroutes ferroviaires (à développer). Pourtant, ceux qui avaient encore leurs oreillettes branchées ont pu se réjouir de la tribune prononcée par Gilles Savary, vice-président de la commission des transports et du tourisme, qui tranchait avec le politiquement correct de rigueur dans ce type de manifestation. Le député européen a brossé un portrait sans concession des projets européens en cours.
Goulets d’étranglement en prévision.
« Le financement du réseau transeuropéen de transport, c’est 30 grands projets à l’horizon 2020 », a rappelé en préambule Gilles Savary. Or « sur les 21 milliards de financements demandés, ils en ont reçu 8 », constate-t-il, avant de sonner la tirette d’alarme. « Il y a un risque de ratage, or d’énormes goulets d’étranglement sont en train de se former dans les zones frontalières. Si ces problèmes ne sont pas réglés, la part des autres modes va encore diminuer, car les pays de l’Europe de l’Est sont en train de faire exploser la route. Leur consommation augmente et leur réseau ferroviaire ne suit pas car il a été conçu dans une logique Est-Ouest, or, il faudrait l’étendre en Nord-Sud. Les Etats ne veulent pas payer, donc qu’on arrête les résolutions sur le réseau transeuropéen », prévient-il.
L’Eurovignette, pas avant 2014.
Voilà qui va donner un peu de répit aux transporteurs. « L’Eurovignette ne sera applicable que le jour où l’on pourra recevoir Galileo dans tous les véhicules ; On ne peut l’envisager avant 2014 au mieux. Heureusement, car le secteur routier est inquiet au moment où il y a une forte pression sur les prix du pétrole », a-t-il indiqué.
On peut se demander s’il n’en sera pas de même pour l’écotaxe, actuellement prévue pour 2011 et dont la date de lancement laisse sceptiques certains experts au ministère des transports. En effet, quid des modalités d’application ? Faudra-t-il installer des portiques à chaque carrefour ? Qui en assumera le coût ? Ou bien, il faudra attendre quelques années la circonvolution de Galileo autour de notre pays ?
Haro sur le bio.
Selon Gilles Savary, « la position de l’UE sur le biocarburant est aujourd’hui infléchie par le rapporteur vert en charge du dossier, Claude Turmes. Avant, l’UE tablait sur l’incorporation de 10 % de biocarburant. Maintenant l’objectif serait plutôt ramené à 5 %, avec, certes, des carburants venant de première génération, mais il faudra mettre le paquet sur ceux de deuxième génération (déchets végétaux), qui n’empiètent pas sur les cultures vivrières et n’incitent pas à la déforestation. »
Des autoroutes de la mer qui font plouf.
« Les autoroutes de la mer et ferroviaires sont des curiosités de laboratoires. Elles n’ont jamais marché jusqu’à présent. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt d’acheter un poids lourd si c’est pour le mettre sur un autre mode de transport. Pour traverser les Alpes pourquoi pas, mais en plaine, c’est vraiment curieux », assène Gilles Savary.